27.05.2006
Buenos Aires 1977 (Chronique d'une fugue), de Israel Adrian Caetano
Projection de presse du vendredi 26 mai à 19 heures.
Sur les enlèvements orchestrés par la junte militaire dans l'Argentine de la fin des années 70, sur la séquestration dans une villa isolée de jeunes gens accusés d'être liés à la guérilla, sur leurs séances d'interrogation et de torture, Israel Adrian Caetano signe un film exemplaire, et terrifiant.
Exemplaire, parce qu'il se base sur l'histoire vraie de quatre de ces garçons qui auront tentés de s'évader d'une de ces "maisons du cauchemar".
Terrifiant, parce que pour être efficace, Buenos Aires 1977 (Chronique d'une fugue) ne dissimule rien du spectacle de l'horreur, ajoutant encore une tension ahurissante au moment de la tentative d'évasion. L'image est certes un peu charbonneuse, les plans saccadés, mais il ne nous épargne rien de la souffrance de ses personnages. Contrairement à Bouchareb qui signe avec Indigènes un film consensuel, Caetano adopte le parti pris de terroriser le spectateur pour mieux marquer les esprits, mais en prenant aussi le risque de freiner l'ardeur du public à se rendre en salles pour découvrir cet épisode terrible de l'histoire récente d'un pays.
Un pronostic : Un prix du scénario ou un prix du jury, mais à ce stade de la compétition, avouons que la concurrence est rude, même pour de "petits" accessits.
Une note : 3/5
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24.05.2006
Marie-Antoinette, de Sofia Coppola
Projection officielle du mercredi 24 mai à 8h30

Le nouveau film de Sofia Coppola était tellement attendu qu'il est forcément décevant. Certes, ce n'est pas un reflet de la réalité historique, mais qu'importe : Sofia Coppola a d'abord imaginé ce personnage comme "le symbole d'un style de vie totalement décadent". Cette pauvre petite fille riche de cinéma a au moins le mérite de renvoyer son image au visage de mille clones de son âge qui ne pensent qu'à s'éclater à Cannes comme Marie-Antoinette à Versailles. Une ironie qui nous plait... au moins autant que les mixes de classique et de rock qui ajoutent un côté glamour au faste des costumes et des décors, aux montagnes de gâteaux et aux pyramides de coupes de champagne -à ce sujet et entre parenthèses, la fête du film devait valoir son pesant de calories mais, roturiers de la presse que nous sommes, on ne nous y a pas conviés.
En fait, la déception que Marie-Antoinette provoque, il faut plutôt la chercher dans le fait que le film manque singulièrement de suspense, de fougue et de passion... Sofia Coppola s'est liée pieds et poings à une icône avant de se les prendre, les pieds, dans les cables de sa scénographie et d'oublier finalement l'essentiel : la tension dramatique. Conséquence : il est difficile de vibrer pour cette fille qui s'ennuie, surtout si l'on partage avec elle cet ennui.
Un pronostic : Un prix d'interprétation pour Kirsten Dunst, parfaite en Marie-Antoinette évanescente, comme issue d'un conte de fée plus que de la réalité.
Une note : 3/5
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22.05.2006
Le Caïman, de Nanni Moretti

Projection officielle du lundi 22 mai à 8h30
Nanni Moretti, avec le brio qu'on lui connaît, nous livre en pâture non pas la triste figure du Caïman, alias Berlusconi, à travers un projet de "biopic" en coutrs de production, mais s'attaque aux conséquences de vingt ans de domination d'un homme sur les esprits transalpins. Sa démonstration est brillante, intelligente, divertissante et passionnante.
Une réplique : "Vous autres italiens ne savez parler que de Berlusconi et de télévision. Vous êtes un peuple entre l'horreur et le folklore."
Un pronostic : Berlusconi ayant perdu les élections, le film perd de sa force et de son intérêt. Mais le jury pourrait être sensible au scénario du film, assez brillant. Ou peut aussi envisager un prix d'interprétation à Silvio Orlando, pour son rôle touchant de producteur obstiné.
Une note : 3/5
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21.05.2006
Les Lumières du faubourg, d'Aki Kaurismaki

Projection de presse du dimanche 21 mai à 19h
Son nouveau film s’intitule Les Lumières du Faubourg, un hommage «modeste» à Charlie Chaplin, qu’Aki Kaurismaki considère comme «le plus grand cinéaste de tous les temps». En dépit de son humour, dans les attitudes surtout, ce film est paradoxalement l’un des plus sombres de son auteur. Le réalisateur finlandais s’en étonnait hier, lui qui prétend vivre «dans un pays riche et prospère où les gens sont heureux. A preuve, Janne Hyytiänen, l’acteur du film, sourit tout le temps, même quand il dort...» Le comédien, peut-être, mais pas son personnage de veilleur de nuit qui tente de rompre sa solitude avec une fille rencontrée dans un bar et qui le mènera à sa perte. Ou alors s’il sourit, c’est une fois en prison, «parce qu’il a enfin trouvé des amis.»
Pour autant, Les Lumières du faubourg apparaît peut-être moins original et ambitieux que L’Homme sans passé (2002), son précédent film qui lui avait valu le Grand prix, celui de la meilleure actrice et la première «Palme dog» décernée à un chien. Quatre ans plus tard, la fille de ce chien est à l’écran. Ce qui tombe bien, car Kaurismaki «ne vise cette fois que la Palme dog.» Stéphane Leblanc
Une réplique : "-Et maintenant, on va se marier ?
-Peut-être, mais faisons connaissance, d'abord."
Une ou deux anecdotes supplémentaires : On s'en souvient, en 2002, la sonnerie d'un téléphone portable avait retenti en pleine conférence de presse. Au bout d'un moment, Kaurismaki s'est rendu compte que c'était le sien, s'en ai saisi et l'a balancé à l'autre bout de la salle.
Cette année, il s'en est pris -avec humour- à Pedro Almodovar." A un journaliste espagnol qui lui demandait pourquoi il avait utilisé la chanson "Volver" de Carlos Gardel, la même que l'Espagnol dans son film, Kaurismaki répliqua qu'Almodovar n'arrête pas de l'imiter depuis le début de sa carrière. "Mais commme il est gentil, je ne dis rien."
Autre répartie cocasse face à un journaliste russe pour qui ses films semblaient moins bons lorsqu'ils étaient réalisés sous l'emprise de l'alcool. Kaurismaki l'a envoyé boulé : "Débarrassez-vous d'abord de Poutine et on en reparlera. Ce type-là n'est jamais ivre et ça ne sert rien, vu ce qu'il fait..."
Un pronostic : le film paraît un peu "léger" pour rééditer l'exploit de L'Homme sans passé, grand prix du jury, prix d'interprétation féminine et "Palme dog" en 2002. Peut-être le jury sera-t-il sensible à son humour, chose rare en compétition, et lui décerner un (petit) prix du jury. Ou un prix d'interprétation masculine au très lunaire Janne Hyytlänen, acteur déjà vu chez Kauriksmaki, mais dont c'est le premier rôle principal à l'écran.
Une note : 3/5
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