27.05.2006
Le Labyrinthe de Pan, de Guillermo del Toro
Projection officielle du samedi 27 mai à 14h30

Dernier film en compétition et pas le moindre, Le Labyrinthe de Pan surprend, émerveille et terrifie tout à la fois. Avec son héroïne de dix ans d'âge et son bestiaire merveilleux, on pense avoir affaire à un inoffensif conte de fées. Et bien non, ce conte-là n'est pas vraiment recommandé aux enfants. Ni aux âmes sensibles. Car le récit nous plonge au coeur de l'Espagne franquiste d'après la guerre civile, en 1944, dans une région où l'odieux Capitaine Vidal (Sergi Lopez, impérial) fait règner la terreur. Sa toute jeune belle fille Ofelia, issue d'un récent mariage, tente d'échapper à cette dure réalité en se réfugiant dans un monde imaginaire de sa propre création. Ou plutôt issu de l'esprit baroque et foisonnant du réalisateur mexicain Gillermo del Toro, qui, pour concevoir son labyrinthe, dit s'être inspiré du peintre espagnol Goya -notamment de la série des "peintures noires" dont fait partie le célèbre "Saturne dévorant ses enfants". Nous voici donc plongé avec Ofelia dans un univers assez proche du pays des merveilles d'Alice, mais avec des crapaux, des blattes et des fées dont le destin s'avèrera autrement plus tragique que chez Peter Pan. Et le film, qui démarre lentement, devient très vite passionnant.
Une réplique : "Pour obéïr pour le principe, sans réfléchir, il faut être comme vous, Capitaine."
Un pronostic : Une Palme surprise ? pourquoi pas... Plus sûrement, ce film mériterait d'obtenir un prix d'interprétation pour Sergi Lopez, pour son rôle de salaud d'anthologie, ou bien un prix de la mise en scène si le jury entend récompenser l'imagination d'un créateur d'univers.
Une note : 4/5
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25.05.2006
En avant jeunesse, de Pedro Costa
Projection de presse du jeudi 25 mai à 19 heures.

Quel film, long, austère, exigeant, décourageant parfois, et pourtant si beau, si lumineux ! En avant jeunesse plonge les plus courageux -ou du moins les plus curieux- d'entre nous en apnée, 2h34 durant, dans les bas fonds capverdiens d'un quartier en démolition de Lisbonne, avec comme seuls guide Ventura, l'ancien maçon dont la femme vient de le quitter et à qui l'on propose de déménager dans un HLM neuf, ou Vanda, sa fille adoptive dans le film, ancienne junkie d'un précedént film du cinéaste devenue mère en cours de tournage.
Pedro Costa, qui est tombé dans ce quartier par hasard il y a une dizaine d'années, de retour d'un documentaire au Cap vert, n'a plus jamais quitté cette banlieue où il partage désormais son quotidien avec ses habitants, répète avec eux, leur demande d'apporter énormément d'eux-même sans que le résultat final, purement artistique, n'ait aucune vocation humaniste, naturaliste, ou documentaire.
Le cinéaste a tourné ce film en DV Caméra tous les jours pendant deux ans. Au final, En avant jeunesse n'aura couté que 700 000 euros, provenant essentiellement d'Arte. Une somme ridicule, comparée au 900 000 euros dépensés en une seule soirée à Cannes pour la fête de Marie-Antoinette.
Une réplique : impossible de ne pas citer la très belle lettre, apprise par coeur par des gens qui ne pourraient l'écrire, et qui revient comme un leitmotiv, ou un phare, pendant le film :
" Nha Cretcheu, mon amour,
Nos retrouvailles embelliront notre vie pour au moins trente ans. De mon côté, je prends une bonne gorgée de jeunesse, je te reviendrai plein de force. J'aurai voulu t'offrir cent mille cigarettes, une douzaine de robes des plus modernes, une automobile, la petite maison de lave dont tu rêvais tant, un bouquet de fleurs à quatre sous. Mais avant tout autre chose, bois une bouteille de bon vin et pense à moi. Ici, on n'arrête pas de travailler. On est plus de cent à présent. Avant-hier pour mon anniversaire, j'ai longuement pensé à toi. La lettre qu'on t'a apportée est-elle bien arrivée ? Je n'ai pas eu de réponse de toi. J'attends..."
Un prix : Un simple prix du jury serait déjà une très belle récompense pour ce film difficile, mais si beau.
Une note : 4/5
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22.05.2006
Flandres, de Bruno Dumont

Projection de presse du lundi 22 mai à 19h30
Après L’Humanité, Grand Prix du jury et double prix d’interprétation controversés à Cannes en 1999, voici Flandres, le quatrième film de Bruno Dumont : une parabole... sur l’inhumanité. Une bande de jeunes du Nord de la France partent faire la guerre dans un pays lointain qui ressemble à l’Irak. Là bas, ils découvrent la peur et la barbarie. En reviendront-ils et dans quel état ? Bruno Dumont renoue ici avec le style de ses débuts, celui de La Vie de Jésus, austère et aride, sec comme une trique. Cruel aussi. Où le personnage principal, frustre, immature, «taiseux» comme le sont les gens du Nord, subit des épreuves terribles qui le mêneront sur la voix de la rédemption.
S.L.
Une réplique : "T'as reçu ta lettre ?
-Ouais, j'pars lundi.
-Content ou pas content ?
-Content."
Un pronostic : Assez désagréable à voir, mais très bien maîtrisé et sur un sujet fort - la guerre - dont Bruno Dumont ne dissimule aucune lâcheté, Flandres est une incontestable réussite. Un postulant sérieux pour un prix de la mise en scène.
Une note : 4/5
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19.05.2006
Red Road, de Andrea Arnold

Projection de presse du vendredi 19 mai à 19 heures
Premier film pour Andrea Arnold et bonne surprise pour le public. A partir d'un scénario primé à Sundance, et porté à l'écran par la société de production de Lars von Trier, cette réalisatrice anglaise est parvenue à saisir quelque chose d'a priori infilmable : la traque austère dans une banlieue écossaise glaçante, par caméras de vidéosurveillance interposées, d'un repris de justice ayant, on l'imagine, porté atteinte à la vie de l'héroïne. La vérité, qui ne sera dévoilée qu'à la fin, lors d'un face à face aussi trivial que bouleversant, se trouve au bout d'un long travail sur soi-même, qui touche d'autant plus qu'il n'est pas réellement explicité et qu'il prend à rebours dans Red Road tous les clichés sur l'idée même de vengeance.
Un pronostic : La caméra d'or, puisque c'est un premier film. Ou un prix d'interprétation pour Kate Dickie, une actrice qui crève l'écran malgré la discrétion de son jeu. On aime aussi l'incroyable sobriété dont fait preuve Andrea Arnold pour tourner des scènes aussi crues qu'essentielles...
Une note : 4/5
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