23.05.2006
Babel, d'Alejandro Gonzales Inarritu
Projection officielle du mardi 23 mai à 8h30

L’action se déroule simultanément dans trois pays, le Maroc, les Etats-Unis et le Japon, avec des protagonistes différents, mais tous liés de à un accident dramatique qui va survenir dans le désert... et qui aura des répercussions dans le monde entier. Moins fragmenté qu’Amours chiennes ou 21 grammes, les précédents films d’Alejandro Gonzales Inarritu, Babel entremêle les destins des uns et des autres, au point de les rendre inextricables, mais sans jamais perdre le spectateur dans les fils du récit. Au contraire, on suit ce film comme un thriller, captivé de bout en bout. Mais c’est aussi le fond du récit qui emporte l’adhésion, avec cette idée d’une tour de Babel moderne que le cinéaste mexicain a érigé «autour de l’incompréhension et des préjugés, responsable de heurts entre maris et femmes, entre adultes et enfants, mais aussi entre pays riches et pauvres; faute de savoir s’écouter». Rare sont les films capable d’aborder un sujet si vaste à partir d’exemples aussi concrets et universels. Stéphane Leblanc
Une réplique : "-ça y est on est au Mexique les enfants
-Maman m'a dit que c'était très dangereux.
-Normal, il y a plein de Mexicain..."
Un pronostic : Babel réunit ce qu’on trouve de mieux dans les autres films en compétition : un récit «choral» (Selon Charlie), un discours engagé (Le Vent se lève ou Le Caïman), un couple en crise (Les Climats), des armes à feu (Flandres), une critique de la mondialisation (Fast food nation)... Peut-être ne manque-t-il qu’un tout petit grain de folie, ce surcroit d’émotion poétique qui devrait, in fine, faire pencher la balance dimanche en faveur de Volver, d’Almodovar. Qu’importe, Babel ferait dans ce cas, à n’en pas douter, un très Grand prix du jury.
Une note : 5/5
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20.05.2006
Les Climats, de Nuri Bilge Ceylan
Projection de presse du samedi 20 mai à 19 heures
Trois ans après avoir remporté Le Grand prix et le Prix d’interprétation avec Uzak, le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan mériterait de retrouver le chemin du palmarès. Les Climats est une merveille de mise en scène avec ses plans fixes sublimes d’où surgit toujours quelque chose d’important ou d’émouvant. Mais le film vaut aussi par l’évidence de son sujet : la vie d’un couple, saisie entre son point de rupture et une tentative de réconciliation. Le titre fait allusion aux saisons, mais aussi aux contrastes entre la froideur de deux êtres qui ne se supportent plus dans la moiteur de l’été et la chaleur des retrouvailles au coeur d’un hiver rigoureux. Le film impressionne encore par une audace toute personnelle : le cinéaste joue lui-même le rôle de l’homme et son épouse celui de la femme qu’il va quitter. Des précautions ont bien sûr été prises pour que les personnages ne ressemblent pas à leurs interprêtes. Mais Nuri Bilge Ceylan confie avoir fait ce film aussi «pour mieux connaître la nature des grains de sable qui peuvent entrainer de violentes disputes à l’intérieur d’un couple», le sien, comme celui de chacun de nous, et qui confère au film son caractère universel.
Stéphane Leblanc
Un pronostic : La Palme d'or, on peut rêver... ou prédire plus sûrement le Prix de la mise en scène.
Une note : 5/5

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19.05.2006
Volver, de Pedro Almodovar
Projection officielle du vendredi 19 mai, à 8h30 du matin.
Le ton est donné dès les premières images de Volver ("Revenir" en espagnol) : dans un cimetière, des femmes s'affairent à briquer soigneusement la tombe de leurs proches avant de vaquer à leurs occupations. Histoire de rappeler à quel point, en Espagne, la mort est profondément ancrée dans la vie quotidienne et vice versa. Et davantage encore lorsqu'un cadavre encombrant et le fantôme d'une mère viennent troubler l'existence des héroïnes du film. Car Volver est un film de revenants, dans tous les sens du terme : c'est la première fois qu'Almodovar accepte de rejouer le jeu de la compétition cannoise depuis Tout sur ma mère en 1999.
« Mes films sont de plus en plus difficiles à résumer en quelques lignes », s'amuse Pedro Almodóvar qui avouait en conférence de presse ce matin s'être inspiré, pour créer ses héroïnes, des femmes qui l'entouraient dans son enfance, sa mère et ses soeurs notamment, quand les hommes de son village étaient aux champs. La fausse complexité de son récit qui s'aventure du côté du fantastique fait partie des bonheurs de ce qui s'avère être en réalité une tragi-comédie subtile, interprétée par de divines comédiennes. Penélope Cruz, notamment, sanguine et volcanique à souhait, qui confiait ce matin qu'Almodovar fait partie "de ces rares personnes non seulement capables de comprendre les secrets d'une femme, mais d'avoir en plus le courage de les traduire à l'écran." Carmen Maura, aussi, qui réserve à sa fille bien des surprises au fil d'une intrigue faisant passer trois génération de femmes -et le spectateur avec - par toute une gamme d'émotions fortes, torrides, bouleversantes.
Une réplique : "ça fait très mal, une fille qui n'aime pas sa mère."
Une autre : "Tu as toujours eu autant de poitrine ? - Ben oui, depuis toute jeune. -Dans mon souvenir, tu n'en avais pas autant."
Un pronostic : la Palme d'or... ou rien, ce qui serait foncièrement injuste. En 1999, Rosetta et L'Humanité ont déjà brûlé la politesse à Tout sur ma mère, suscitant l'indignation des festivaliers et la déception du cinéaste. Ce matin, apparamment réconcilié avec le festival de Cannes, Almodovar avouait que "c'est la passion qui [l']anime pour réaliser un film, pas les honneurs qui pourraient éventuellement en résulter."
Une note : 5/5
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