29.05.2006
Le vent se lève sur Ken Loach
"Puisse ce film constituer un petit pas dans la relation qu'ont les Britanniques avec leur passé impérialiste. Si nous osons dire la vérité sur le passé, peut-être oserons-nous dire la vérité sur le présent." Souvent revenu bredouille de Cannes (quatre prix pour huit sélections), Ken Loach était ravi de brandir la Palme d’or pour Le Vent se lève, son film sur l’occupation anglaise en Irlande dans les années 20. «Il y a eu unanimité entre nous», n’a pas manqué d’indiquer Wong Kar-wai face à des journalistes globalement sceptiques quelques minutes après la cérémonie. «Ce film permet de comprendre qu’on puisse s’entretuer entre frères, a ajouté Helena Bonham-Carter, et il nous a procuré une émotion qui ne nous a plus jamais quitté ».
Chacun dans le jury, de Tim Roth à Monica Bellucci ou Patrice Leconte, a renchéri sur ce film, souligné l’extrême qualité de la sélection 2006, et évoqué ses regrets : l’absence au palmarès, faute de place, de nombreux films tels ceux de Lou Ye, Pedro Costa (on s'en réjouit !), Aki Kaurismaki (Patrice Leconte en parle avec des trémolos dans la voix), Paolo Sorrentino... Qu'ils ne semblent pas avoir apprécié deux films qui nous ont paru essentiels, ceux de Nuri Bilge Ceylan et de Guillermo del Toro, hé bien c'est leur choix, tant pis pour eux.
Mais tous ces «oublis» faute de place ou faute de mieux, ne compensent pas l’idée que les deux plus «grands» films de la sélection ont été amplement négligés : Babel et Volver, plébiscités à eux deux par 50% des festivaliers (source Médiamétrie). Inarritu et Almodovar ont du se contenter d’accessits : prix de la mise en scène pour le premier, prix aux actrices et au scénario pour le second, cette dernière récompense pouvant paraître humiliante pour celui qui était déjà reparti, amer, avec le seul prix de la mise en scène pour Tout sur ma mère en 1999. Bruno Dumont avait alors remporté, comme cette année, le Grand Prix du jury.
Stéphane Leblanc
Palmarès :
Palme d'or : Le Vent se lève, de Ken Loach
Grand Prix : Flandres, de Bruno Dumont
Prix du scénario : Pedro Almodovar, pour Volver
Prix de la mise en scène : Alejandro Gonzalez Inarritu, pour Babel
Prix d'interprétation masculine : Jamel Debbouze, Samy Nacéri, Roshdy Zem, Sami Bouajila, Bernard Blancan, dans Indigènes, de Rachid Bouchareb
Prix d'interprétation féminine : Penélope Cruz, Carmen Maura, Lola Diuenas, Blanca Portillo, Yohana Cobo, Chus Lampreave, dans Volver, de Pedro Almodovar
Prix du jury : Red Road, de Andrea Arnold
09:20 Publié dans Palmarès | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.05.2006
Mon palmarès idéal
La compétition est bien trop ouverte cette année pour formuler un pronostic crédible. Disons, comme je le pressentais dès l'ouverture du festival, que Volver, Babel et les Climats devraient figurer dans le peloton de tête. Voici ce qu'il adviendrait si j'étais seul à décider du palmarès cannois, en suivant la règle, rarement respectée, qui veut qu'un même film ne soit qu'une seule fois récompensé :
Palme d'or : Volver de Pedro Almodovar
Grand prix : Babel, d'Alejandro Gonzalez Innaritu
Prix d'interprétation féminine : Kirsten Dunst pour Marie-Antoinette
Prix d'interprétation masculine : Sergi Lopez pour Le Labyrinthe de Pan
Prix de la mise en scène : Les Climats, de Nuri Bilge Ceylan
Prix du scénario : Le Caïman, de Nanni Moretti
Prix du jury : En avant jeunesse, de Pedro Costa
Caméra d'or : Red Road, d'Andrea Arnold
15:10 Publié dans Pronostic | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.05.2006
Le Labyrinthe de Pan, de Guillermo del Toro
Projection officielle du samedi 27 mai à 14h30

Dernier film en compétition et pas le moindre, Le Labyrinthe de Pan surprend, émerveille et terrifie tout à la fois. Avec son héroïne de dix ans d'âge et son bestiaire merveilleux, on pense avoir affaire à un inoffensif conte de fées. Et bien non, ce conte-là n'est pas vraiment recommandé aux enfants. Ni aux âmes sensibles. Car le récit nous plonge au coeur de l'Espagne franquiste d'après la guerre civile, en 1944, dans une région où l'odieux Capitaine Vidal (Sergi Lopez, impérial) fait règner la terreur. Sa toute jeune belle fille Ofelia, issue d'un récent mariage, tente d'échapper à cette dure réalité en se réfugiant dans un monde imaginaire de sa propre création. Ou plutôt issu de l'esprit baroque et foisonnant du réalisateur mexicain Gillermo del Toro, qui, pour concevoir son labyrinthe, dit s'être inspiré du peintre espagnol Goya -notamment de la série des "peintures noires" dont fait partie le célèbre "Saturne dévorant ses enfants". Nous voici donc plongé avec Ofelia dans un univers assez proche du pays des merveilles d'Alice, mais avec des crapaux, des blattes et des fées dont le destin s'avèrera autrement plus tragique que chez Peter Pan. Et le film, qui démarre lentement, devient très vite passionnant.
Une réplique : "Pour obéïr pour le principe, sans réfléchir, il faut être comme vous, Capitaine."
Un pronostic : Une Palme surprise ? pourquoi pas... Plus sûrement, ce film mériterait d'obtenir un prix d'interprétation pour Sergi Lopez, pour son rôle de salaud d'anthologie, ou bien un prix de la mise en scène si le jury entend récompenser l'imagination d'un créateur d'univers.
Une note : 4/5
19:40 Publié dans 4/5 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Buenos Aires 1977 (Chronique d'une fugue), de Israel Adrian Caetano
Projection de presse du vendredi 26 mai à 19 heures.
Sur les enlèvements orchestrés par la junte militaire dans l'Argentine de la fin des années 70, sur la séquestration dans une villa isolée de jeunes gens accusés d'être liés à la guérilla, sur leurs séances d'interrogation et de torture, Israel Adrian Caetano signe un film exemplaire, et terrifiant.
Exemplaire, parce qu'il se base sur l'histoire vraie de quatre de ces garçons qui auront tentés de s'évader d'une de ces "maisons du cauchemar".
Terrifiant, parce que pour être efficace, Buenos Aires 1977 (Chronique d'une fugue) ne dissimule rien du spectacle de l'horreur, ajoutant encore une tension ahurissante au moment de la tentative d'évasion. L'image est certes un peu charbonneuse, les plans saccadés, mais il ne nous épargne rien de la souffrance de ses personnages. Contrairement à Bouchareb qui signe avec Indigènes un film consensuel, Caetano adopte le parti pris de terroriser le spectateur pour mieux marquer les esprits, mais en prenant aussi le risque de freiner l'ardeur du public à se rendre en salles pour découvrir cet épisode terrible de l'histoire récente d'un pays.
Un pronostic : Un prix du scénario ou un prix du jury, mais à ce stade de la compétition, avouons que la concurrence est rude, même pour de "petits" accessits.
Une note : 3/5
11:20 Publié dans 3/5 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26.05.2006
Quand j'étais chanteur, de Xavier Giannoli
Projection officielle du vendredi 26 mai à 8h30

C'était bien la peine de se lever encore si tôt pour si peu. Quand j'étais chanteur n'est pas un mauvais film, loin s'en faut. Juste un téléfilm un peu amélioré, avec une grosse vedette (Gérard Depardieu) qui fait le gros chanteur ringard des bals de province. Un soir, il va draguer, puis séduire une pauvre mère célibataire incarnée par Cécile de France. Le miracle, c'est que leur couple fonctionne assez bien à l'écran, même s'il se délite ensuite, scénaristiquement parlant. En revanche, de leurs histoires, de solitude, de petits bals perdus et d'ambitions manquées, on n'a un peu que faire... la faute à la mise en scène effacée de Xavier Giannoli. On est surpris par la réaction enthousiaste du public à la fin de la projection, qui tape dans ses mains pour accompagner la e-nième rengaine de Depardieu. Mais après tout, l'image du bal populaire renvoie peut-être aujourd'hui à ce sens de la convivialité qui se perd un peu en France...
Une réplique : "Pour moi, les chansons, elles disent toutes la vérité. Surtout quand elles sont sentimentales."
Un pronostic : rien de très encourageant, mais sait-on jamais : son petit côté folklore français peut plaire à des jurés étrangers.
Une note : 1/5
14:45 Publié dans 1/5 | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
25.05.2006
En avant jeunesse, de Pedro Costa
Projection de presse du jeudi 25 mai à 19 heures.

Quel film, long, austère, exigeant, décourageant parfois, et pourtant si beau, si lumineux ! En avant jeunesse plonge les plus courageux -ou du moins les plus curieux- d'entre nous en apnée, 2h34 durant, dans les bas fonds capverdiens d'un quartier en démolition de Lisbonne, avec comme seuls guide Ventura, l'ancien maçon dont la femme vient de le quitter et à qui l'on propose de déménager dans un HLM neuf, ou Vanda, sa fille adoptive dans le film, ancienne junkie d'un précedént film du cinéaste devenue mère en cours de tournage.
Pedro Costa, qui est tombé dans ce quartier par hasard il y a une dizaine d'années, de retour d'un documentaire au Cap vert, n'a plus jamais quitté cette banlieue où il partage désormais son quotidien avec ses habitants, répète avec eux, leur demande d'apporter énormément d'eux-même sans que le résultat final, purement artistique, n'ait aucune vocation humaniste, naturaliste, ou documentaire.
Le cinéaste a tourné ce film en DV Caméra tous les jours pendant deux ans. Au final, En avant jeunesse n'aura couté que 700 000 euros, provenant essentiellement d'Arte. Une somme ridicule, comparée au 900 000 euros dépensés en une seule soirée à Cannes pour la fête de Marie-Antoinette.
Une réplique : impossible de ne pas citer la très belle lettre, apprise par coeur par des gens qui ne pourraient l'écrire, et qui revient comme un leitmotiv, ou un phare, pendant le film :
" Nha Cretcheu, mon amour,
Nos retrouvailles embelliront notre vie pour au moins trente ans. De mon côté, je prends une bonne gorgée de jeunesse, je te reviendrai plein de force. J'aurai voulu t'offrir cent mille cigarettes, une douzaine de robes des plus modernes, une automobile, la petite maison de lave dont tu rêvais tant, un bouquet de fleurs à quatre sous. Mais avant tout autre chose, bois une bouteille de bon vin et pense à moi. Ici, on n'arrête pas de travailler. On est plus de cent à présent. Avant-hier pour mon anniversaire, j'ai longuement pensé à toi. La lettre qu'on t'a apportée est-elle bien arrivée ? Je n'ai pas eu de réponse de toi. J'attends..."
Un prix : Un simple prix du jury serait déjà une très belle récompense pour ce film difficile, mais si beau.
Une note : 4/5
23:15 Publié dans 4/5 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Indigènes, de Rachid Bouchareb
Projection officielle du jeudi 25 mai à 8h30

Avouons le avant que ça ne devienne impossible : on est assez sidéré par la faible ambition artistique d'Indigènes, un film bien plus télégénique que cinématographique, et qui n'a de raisons d'être en compétition que pour bénéficier de l'effet médiatique inhérent à l'évènement. Rachid Bouchareb aborde en effet un sujet, sinon tabou, du moins méconnu de notre histoire nationale : l'engagement des soldats africains que l'on "sacrifiait" systématiquement en première ligne pour bouter les Allemands hors de France. Son film s'intéresse au destin de quatre d'entre eux, incarnés par les (rares) Beurs devenus stars : Jamel Debbouze, Samy Nacéri, Roschdy Zem et Sami Bouajila. Ne nous inquiétons pas pour eux, ils remplissent parfaitement leur mission de porte drapeau d'une cause gagnée d'avance : celle de la reconnaissance historique. Ils le disent, et on les croit : "La seule chose qui soit importante, c'est d'être là aujourd'hui pour dire qu'on a élargi l'histoire de France." On regrettera juste que le film oublie d'inventer une forme qui pourrait rendre cette histoire passionnante. Mais voilà, l'objectif d'une telle démarche, dont on reconnaît qu'elle n'a pas du être simple à mettre en oeuvre, est de toucher le plus large public possible -à commencer par les descendants d'émigrés des anciennes colonies - plutôt que les cinéphiles en quête d'émotion forte.
Une réplique : "Je jette une grenade, je tue l'Allemagne et je libère mon pays, même si ce pays, je ne l'avais jamais vu avant."
Un pronostic : Un Sept d'or. "Un prix ? Elle n'est pas là, notre bagarre, rétorque Jamel Debbouze. Là où on s'est battu comme des lions, c'est pour sortir ce film de terre."
Une note : 2/5
15:50 Publié dans 2/5 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
24.05.2006
L'Ami de la famille, de Paolo Sorrentino
Projection de presse du mercredi 24 mai à 19 heures

De Paolo Sorrentino, le festivalier cannois garde le bon souvenir des Conséquences de l'amour, présenté ici même en 2004, et qui nous avait bien fait rire avec son humour pince sans rire et son esthétique distanciée, sans oublier son anti héros obsédé par le fric, incarné à l'époque par le génial Toni Servilo. Cette fois, le réalisateur italien signe L'Ami de la famille, un film tout aussi esthétisant, où le personnage principal, incarné cette fois par le décaméronien (de Pasolini) Giacomo Rizzo, haïssable à souhait dans la peau d'un usurier (qu'on imagine juif, forcément juif) qui rappelle, par ses chantages affectifs, et financiers, le Marchand de Venise, de Shakespeare. La référence est claire, et c'est un peu la seule idée de ce film sans queue ni tête, faute d'une réelle intrigue ou de personnages vraiment incarnés, le cinéaste estimant sans doute qu'une mise en scène érotique et toc, empruntant aux délires de Fellini suffirait. Ce qui n'est pas le cas, hélas pour lui, autrement ça se saurait.
Une réplique : "Avec mon mari, on se connait depuis qu'on a 13 ans. Il n'a plus de mystère pour moi, je devine même les résultats de ses matchs de foot."
Un pronostic : bredouille, férocement bredouille
Une note : 0/5
23:05 Publié dans 0/5 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Marie-Antoinette, de Sofia Coppola
Projection officielle du mercredi 24 mai à 8h30

Le nouveau film de Sofia Coppola était tellement attendu qu'il est forcément décevant. Certes, ce n'est pas un reflet de la réalité historique, mais qu'importe : Sofia Coppola a d'abord imaginé ce personnage comme "le symbole d'un style de vie totalement décadent". Cette pauvre petite fille riche de cinéma a au moins le mérite de renvoyer son image au visage de mille clones de son âge qui ne pensent qu'à s'éclater à Cannes comme Marie-Antoinette à Versailles. Une ironie qui nous plait... au moins autant que les mixes de classique et de rock qui ajoutent un côté glamour au faste des costumes et des décors, aux montagnes de gâteaux et aux pyramides de coupes de champagne -à ce sujet et entre parenthèses, la fête du film devait valoir son pesant de calories mais, roturiers de la presse que nous sommes, on ne nous y a pas conviés.
En fait, la déception que Marie-Antoinette provoque, il faut plutôt la chercher dans le fait que le film manque singulièrement de suspense, de fougue et de passion... Sofia Coppola s'est liée pieds et poings à une icône avant de se les prendre, les pieds, dans les cables de sa scénographie et d'oublier finalement l'essentiel : la tension dramatique. Conséquence : il est difficile de vibrer pour cette fille qui s'ennuie, surtout si l'on partage avec elle cet ennui.
Un pronostic : Un prix d'interprétation pour Kirsten Dunst, parfaite en Marie-Antoinette évanescente, comme issue d'un conte de fée plus que de la réalité.
Une note : 3/5
18:35 Publié dans 3/5 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.05.2006
La Raison du plus faible, de Lucas Belvaux
Projection de presse du mardi 23 mai à 19 heures.
"Il est moins facile de gagner sa vie en travaillant honnêtement qu'en faisant un hold up". C'est la remarque que fait un policier à l'ancien taulard qu'interprète Lucas Belvaux dans La Raison du plus faible, un film qu'il réalise également. Et où l'acteur-cinéaste met en scène trois amis au chomage tentés de braquer la caisse d'une usine de métallurgie qui les a fraichement licenciés. L'idée est sympatique mais maladroitement traitée avec des mots d'auteur qui sonnent faux, des acteurs dirigés comme au théâtre avec morceaux de bravoure à gogo. Ajoutons à cela des images assez hideuses et une morale à deux balles de fusil à pompe... Inutile de s'acharner plus avant devant un film finalement insignifiant.
Une réplique : "Une année en prison, c'est plus long qu'une année dehors."
Une autre : "T'es vraiment un con, tu sais. - Tu me l'as déjà dit. - Oui, mais t'es tellement con que ça vaut le coup de te le dire deux fois."
Un pronostic : La raison du plus faible est loin d'être la meilleure, du moins dans le cas présent.
Une note : 1/5

23:30 Publié dans 1/5 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note











